jeudi 1 juillet 2010

Take shelter de Jeff Nichols



 Littéralement l’impératif "prends abri"… voire "tous aux abris" si c’est une phrase dans le feu de l’action.
De manière récurrente, un homme rêve d’ouragans. Le spectateur n’a pas de repère pour différentier le rêve de la réalité. Bien au contraire, nous voyons et entendons les phénomènes comme le héros alors que les autres protagonistes semblent insensibles. 
Sommes nous dans la tête d’un fou ou bien les autres sont-ils aveugles ?

Ce film est une sorte de test psychologique. Etes vous tendance Raison ou tendance Occulte ?

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    Dans la scène finale, l’homme et sa famille sont en convalescence au bord de la mer en attendant qu’il soit hospitalisé pour un traitement plus approfondi. L’enfant (sourde et muette) voit au loin un ouragan apocalyptique et prévient son père, qui alerte la mère.

Sur le versant "psychiatrique" jusque là, le film bascule alors dans la "prémonition biblique". Rien pourtant n’avait confirmé jusque là l’hypothèse d’un véritable danger. Le flou entre réalité et perceptions chez cet homme nous laissait dans un doute, plutôt défavorable au héros : antécédent de schizophrénie chez la mère, certaines visions étaient des phénomènes naturels intrigants mais non irrationnels (nuages d’oiseaux, lucioles dans les champs, gros orages d’été).
    Par cette bascule brutale semble orienter vers une interprétation apocalyptique... 
J’étais déçu en sortant de la salle …
    Mais à la réflexion, l’hypothèse de la folie n’est pas invalidée par cette dernière scène. Ne serait-ce pas le rêve d’un fou imaginant la preuve incontestable de sa non-folie ?
    Le film redevient alors un cas clinique de psychiatrie, un peu décevant après avoir entrevu une dimension plus métaphysique. 

    Dur choix pour le spectateur qui doit prendre partie entre un rationnel pauvre et un irrationnel riche… Mais l’intérêt du film n’est-il pas aussi là ? Dans ce choix à faire ?
    Cela m’a fait pensé à Fenêtre sur cour. Hitchcock y mettait en scène les élucubrations contagieuses d’un voyeur désœuvré… mais validait le voyeurisme à la dernière minute, contre toute logique scénaristique. De même Take shelter dépeint magistralement un schizophrène, mais confirme ses délires dans les derniers instants. Dans les deux cas la bascule finale est également brutale et irrationnelle. Chez Hitchcock, il n’y a pas d’échappatoire à cette incohérence, tandis que Nichols laisse une voie de sortie rationnelle au prix (élevé !) de la perte de la dimension métaphysique…ce dont le spectateur n’a aucune envie : l’apocalypse est bien plus belle, surtout que l’on peut en faire, à peu de frais, une métaphore inspirée de la crise économique.
300 ans après les Lumières, nous vivons dans une ambiance de fin du monde. Nichols met en évidence notre tendance à abandonner la Raison pour le Magique, d’une part, et à ne voir que l’arbre qui cache la forêt, d’autre part . Il teste notre inclination à confondre « the Enlightenment* » et « the enlightningment » éclairage brutal et ponctuel par l’éclair… Un aveuglement, en somme.
    Aveuglement qui cachait ce qui est peut-être le but du film : montrer une extraordinaire solidarité de couple, probablement la plus belle qui m'ait été donnée de voir au cinéma. On ne voit plus que cela en le revoyant.

*Traduction de « siècle des lumières » en anglais (l’éclairement).

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