mercredi 8 juin 2011

Une séparation


Malgré un titre centré sur le couple (« la séparation de Nadar et Simin » dans la version iranienne), on ne saura pas grand chose des raisons de cette séparation : il y bien le désir d’expatriation de Simin (la mère) et la relation de Nadar à son père malade, mais cela ne sonne pas tout à fait juste : difficile de croire à des raisons uniques pour chacun. Plus tard, Simin présente à sa fille son départ comme un appel, auquel Nadar n’a pas répondu… Vérité et/ou mensonge ? Les manipulations des parents sont monnaie courante quand l’enfant est à la fois « enjeu » et « juge » (son avis est déterminant pour savoir qui aura la garde).

D’une histoire de couple banal, dont Farhadi ne nous montre que des faits expurgés de toutes considérations psychologiques, le film bascule dans un thriller d’une précision impressionnante. On retrouve un dispositif proche d’A propos d’Elly : Un défaut de surveillance, des femmes qui mentent par omission et/ou qui manipulent voire trahissent, un engrenage violent sous la dépendance principale des hormones males, une tentative de résolution féminine… Mais ici, Farhadi pousse un peu plus le bouchon: l’événement déclenchant est montré…
Nous, spectateurs, physiquement en position de « juge » dés la première scène du film (pour le divorce), et qui y restons ensuite pour « le crime », sommes incapables de nous prononcer. On l’a pourtant vu cette scène ! On était mieux placé que le juge ! Et bien non… on ne peut pas trancher sur les faits. La  vraie Justice apparaît alors comme impossible, à moins d’être Dieu lui-même. Les lois ont certainement été inventées parce que l’on ne peut jamais savoir ce qui est Juste, … et qu’il faut bien conclure.
En alternative à cette pauvre justice des hommes, Farhadi explore la médiation. Bien qu’elle se nourrisse de compromis, de renoncements, de négation du droit …, elle semble plus cohérente.  Mais elle se heurte à l’honneur et à la vérité… des concepts affichés par les hommes et/ou exigés par la religion. Alliance objective qui s’oppose ici aux femmes médiatrices (sans doute un point commun aux grandes religions monothéistes : imposer aux femmes des pensées d’hommes). La femme auxilliaire de vie ne s’en sortira pas, elle qui tentait de concilier les contraintes d’une vie pauvre et les dogmes religieux et maritaux.


Le thriller est une longue et passionnante diversion, durant laquelle Farhadi distille au second plan, et sans pour autant donner les clefs, des raisons possibles de la séparation : les rapports différents de Simin et Nadar avec la vérité, avec le passé et l’avenir, avec l’enfant.
 Le personnage central du film est l’adolescente. Elle est la synergie perdue du couple. La séparation, tout aussi énigmatique pour elle que pour nous, est une négation d’elle-même. Le film est marqué par deux scènes extrêmement émouvantes : deux actes initiatiques de renoncement, d’une violence terrible, que la jeune fille doit faire devant des juges : mentir et choisir.
De l’ellipse sur les causes de la séparation à la frustration de ne pas savoir « même si on a vu », le spectateur-juge voyage en incertitude. En cela le film est plus proche de la vie que du cinéma, où l’on sert des raisons trop claires à des spectateurs pourtant idéalement disponibles.

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