« There are two
ways through life : the way of nature, and the way of grace »
En nos temps
écologiques et athées, il ne faudrait pas se méprendre sur le sens de cette
opposition : Mallick entend « nature » dans le sens de « jungle »,
incarné ici par le père. La mère et le fils cadet représentent la Grâce,
et celle-ci va bien au-delà la religion.
La Grâce apparait comme « donnée d’avance ». Dés le début, le cadet a la grace, et l’ainé non. L’un est élu et l’autre pas. La Grace peut-elle s’obtenir ?
Même s’il n’a pas la Grâce,
l’aîné n’y est pas insensible. Il ressent sa mère comme un salut, tandis qu’il
déteste son père tout autant que lui-même. Si chaque enfant a charge d’héritage, celui de la mère, celui du père, certains les deux et
d’autres aucun, l’ainé assume ici deux ascendances antinomiques dans un grand
écart, certainement riche mais à l’évidence douloureux, que Malick nous décrit
dans un long flash-back intemporel.
Beni soit le cadet, héritier de la Grâce. Le benjamin semble avoir échappé aux deux ...
Dans un monde
contemporain régi par la dualité pragmatisme/idéalisme, (le monde tel qu’il
est/le monde tel qu’il devrait être), Mallick étonne en réactualisant un autre
clivage, et les deux ne se superposent pas : l’homme
idéaliste applique un formatage en régle sur ses enfants selon ses propres
réves et le réve américain : « struggle for life ». A l’inverse
la femme (la voie de la Grace) est pragmatique de fait par son acceptation de
la nature humaine et son souci de l’autre au quotidien. Une icône du Care.
Mallick sublime ce
pragmatisme en Grâce, que l’on peut interpréter comme un don dans ses deux
acceptations : d’abord parce que cela semble «inné» pour elle, ensuite
parce que la Grâce est montrée comme la spontanéité toujours reconduite du don. Si la vie elle-même est un « don » au sens de cadeau, on peut la refuser, l’accepter, en tirer parti ou non. Même en gardant à l’esprit le caractère incompréhensible et vain de notre présence au monde, la Grâce est une réponse radicalement révoltée à cette absurdité, en transfigurant le « don » initial reçu en don permanent de soi.
Quand à ceux sur le chemin de la nature, qu'ils tentent recevoir... ce n'est déjà pas simple.



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