Malgré un titre centré sur le
couple (« la séparation de Nadar et Simin » dans la version
iranienne), on ne saura pas grand chose des raisons de cette séparation :
il y bien le désir d’expatriation de Simin (la mère) et la relation de Nadar à
son père malade, mais cela ne sonne pas tout à fait juste : difficile de
croire à des raisons uniques pour chacun. Plus tard, Simin présente à sa fille
son départ comme un appel, auquel Nadar n’a pas répondu… Vérité et/ou
mensonge ? Les manipulations des parents sont monnaie courante quand
l’enfant est à la fois « enjeu » et « juge » (son avis
est déterminant pour savoir qui aura la garde).
D’une histoire de couple
banal, dont Farhadi ne nous montre que des faits expurgés de toutes
considérations psychologiques, le film bascule dans un thriller d’une précision
impressionnante. On retrouve un dispositif proche d’A propos d’Elly : Un
défaut de surveillance, des femmes qui mentent par omission et/ou qui
manipulent voire trahissent, un engrenage violent sous la dépendance principale
des hormones males, une tentative de résolution féminine… Mais ici, Farhadi
pousse un peu plus le bouchon: l’événement déclenchant est montré…
Nous, spectateurs,
physiquement en position de « juge » dés la première scène du film
(pour le divorce), et qui y restons ensuite pour « le crime », sommes
incapables de nous prononcer. On l’a pourtant vu cette scène ! On était
mieux placé que le juge ! Et bien non… on ne peut pas trancher sur les
faits. La vraie Justice apparaît alors
comme impossible, à moins d’être Dieu lui-même. Les lois ont certainement été
inventées parce que l’on ne peut jamais savoir ce qui est Juste, … et qu’il
faut bien conclure.
En alternative à cette pauvre
justice des hommes, Farhadi explore la médiation. Bien qu’elle se nourrisse de
compromis, de renoncements, de négation du droit …, elle semble plus
cohérente. Mais elle se heurte à
l’honneur et à la vérité… des concepts affichés par les hommes et/ou
exigés par la religion. Alliance objective qui s’oppose ici aux femmes
médiatrices (sans doute un point commun aux grandes religions
monothéistes : imposer aux femmes des pensées d’hommes). La femme
auxilliaire de vie ne s’en sortira pas, elle qui tentait de concilier les
contraintes d’une vie pauvre et les dogmes religieux et maritaux.
Le thriller est une longue et
passionnante diversion, durant laquelle Farhadi distille au second plan, et
sans pour autant donner les clefs, des raisons possibles de la
séparation : les rapports différents de Simin et Nadar avec la vérité,
avec le passé et l’avenir, avec l’enfant.
Le personnage central du film est l’adolescente.
Elle est la synergie perdue du couple. La séparation, tout aussi énigmatique
pour elle que pour nous, est une négation d’elle-même. Le film est marqué par
deux scènes extrêmement émouvantes : deux actes initiatiques de
renoncement, d’une violence terrible, que la jeune fille doit faire devant des
juges : mentir et choisir.
De l’ellipse sur les causes
de la séparation à la frustration de ne pas savoir « même si on a
vu », le spectateur-juge voyage en incertitude. En cela le film est plus
proche de la vie que du cinéma, où l’on sert des raisons trop claires à des
spectateurs pourtant idéalement disponibles.



