
De manière récurrente, un
homme rêve d’ouragans. Le spectateur n’a pas de repère pour différentier le
rêve de la réalité. Bien au contraire, nous voyons et entendons les phénomènes
comme le héros alors que les autres protagonistes semblent insensibles.
Sommes
nous dans la tête d’un fou ou bien les autres sont-ils aveugles ?
Ce film est une sorte de test
psychologique. Etes vous tendance Raison ou tendance Occulte ?
-----------------------------------------------spoiler--------------------------------------------------
Dans la scène finale, l’homme
et sa famille sont en convalescence au bord de la mer en attendant qu’il soit
hospitalisé pour un traitement plus approfondi. L’enfant (sourde et muette)
voit au loin un ouragan apocalyptique et prévient son père, qui alerte la mère.
Sur le versant "psychiatrique" jusque là, le film bascule alors dans la "prémonition biblique". Rien pourtant n’avait confirmé jusque là l’hypothèse d’un véritable danger. Le
flou entre réalité et perceptions chez cet homme nous laissait dans un doute, plutôt
défavorable au héros : antécédent de schizophrénie chez la mère, certaines
visions étaient des phénomènes naturels intrigants mais non irrationnels (nuages
d’oiseaux, lucioles dans les champs, gros orages d’été).
Par cette bascule brutale semble orienter vers une interprétation apocalyptique...
J’étais déçu en sortant de la salle …
Mais à la réflexion,
l’hypothèse de la folie n’est pas invalidée par cette dernière scène. Ne
serait-ce pas le rêve d’un fou imaginant la preuve incontestable de sa
non-folie ?
Le film redevient alors un cas clinique de psychiatrie, un peu décevant après avoir entrevu une dimension plus métaphysique.
Dur choix pour le spectateur qui
doit prendre partie entre un rationnel pauvre et un irrationnel riche… Mais
l’intérêt du film n’est-il pas aussi là ? Dans ce choix à faire ?
Cela m’a fait pensé à Fenêtre sur cour. Hitchcock
y mettait en scène les élucubrations contagieuses d’un voyeur désœuvré… mais validait
le voyeurisme à la dernière minute, contre toute logique scénaristique. De même
Take shelter dépeint magistralement un
schizophrène, mais confirme ses délires dans les derniers instants. Dans les deux
cas la bascule finale est également brutale et irrationnelle. Chez Hitchcock, il n’y a pas
d’échappatoire à cette incohérence, tandis que Nichols laisse une voie de
sortie rationnelle au prix (élevé !) de la perte de la dimension
métaphysique…ce dont le spectateur n’a aucune envie : l’apocalypse est
bien plus belle, surtout que l’on peut en faire, à peu de frais, une métaphore inspirée
de la crise économique.
Aveuglement qui cachait ce qui est peut-être le but du film : montrer une extraordinaire solidarité de couple, probablement la plus belle qui m'ait été donnée de voir au cinéma. On ne voit plus que cela en le revoyant.
*Traduction de « siècle
des lumières » en anglais (l’éclairement).



